S�ghira Bouhaddi est, en parall�le � ses �tudes en
�ducation sp�cialis�e, monitrice en natation et en aquaforme, chor�graphe
de la troupe de danse Azetta, fondatrice et professeur de danse berb�re (a�roberb�re),
professeur de danse traditionnelle berb�re et chanteuse dans le groupe
Anzar.
En 1994, tandis que l'Alg�rie battait de l'aile et s'enfon�ait dans la
violence sanglante, la petite S�ghira allait sur ses 10 ans quand sa
famille s'installa au Canada. Elle �prouva tout le mal du monde � quitter
son village, Ighil Ali pour rejoindre ce "bout du monde". A l'a�roport
avant de faire ses adieux au pays qui a vu na�tre, raconte-t-on, elle
tomba et s'�vanouit. La difficile suite d'une fillette subitement extirp�e
de son milieu naturel est simple � imaginer.
Un flot d'images d'enfance lui revient chaque moment � l'esprit, elle se
souvient de toutes ces ann�es furtives o� heureuse fillette parcourait
avec ses copines les ruelles �troites de son quartier Taza�art, des
vieillards majestueux roul�s dans leur burnous qu'elle rencontrait et
saluait avec consid�ration � Tajma�t o� ils se r�unissaient pour causer
gaiement des choses de la vie. Elle se souvient du pays des hautes
montagnes, des oliviers maintes fois mill�naires, des hommes et des femmes
au sto�cisme exemplaire qui allaient vivre heureux avec peu de choses.
La fille d'Ighil Ali s'installa � son corps d�fendant dans ce "bout de
monde" o� elle crut se sentir cruellement d�pays�e. Elle ne r�vait que
d'une chose : revoir ses camarades de l'�cole primaire Jean-Amrouche
qu'elle fr�quenta jusqu'en 3e ann�e. Elle se souvient surtout avec
nostalgie de l'ambiance bon enfant des "Ourar el khalat" quand les femmes
du village v�tues de robes multicolores kabyles, bracelets d'argent clair
aux poignets se convergeaient vers la maison o� se tient la f�te pour
chanter avec battement des mains et bendir des chants du terroir et danser
pendant des heures enti�res sans r�pit.
A
peine adolescente, S�ghira appel�e Sara pour des raisons de prononciation
� Montr�al, a compris que ce pays qui lui manquait tant ne peut �tre
reconquis qu'� travers son art, en particulier la danse et la chanson.
Tout de suite, ce r�ve de jeune fille se transforme en un d�fi : "celui de
faire conna�tre sa culture � d'autres communaut�s culturelles", pour
reprendre son expression.
Elle fonde
alors l'a�roberb�re qui est un cocktail agr�able de danses amazighs (kabyle,
chaoui, targui, gnaoui), de danse moderne et de mouvements a�robiques
qu'elle enseigne au Centre sportif A�robie Plus de Montr�al. "La danse
traditionnelle berb�re est aussi riche que la langue berb�re, moi
personnellement j'en fais un peu de tout, du ikabyle, chaoui, tergui,
gnaoua m�lang�s � la danse moderne qui fait naturellement �merger la
beaut� de notre culture", nous dit-elle.
lle a su admirablement partager cette ambiance festive du pays qu'elle
emm�ne avec elle dans ses veines, avec des danseuses de diff�rentes
nationalit�s de l'Am�rique du nord, de l'Am�rique du sud, de l'Europe
qu'elle entra�ne au Centre Afrique en mouvements, � Montr�al, sur des
rythmes de danses kabyles et des autres danses berb�res.
En conclusion, la fille du village de Taos Amrouche a tout d'une artiste
sur le chemin de la r�ussite. Elle a une magnifique voix, une beaut�, des
qualit�s humaines et surtout �norm�ment de volont�.
K. Kherbouche